Guides · Histoire et principes
Histoire du thermomètre : quatre siècles pour mesurer un degré
L'histoire du thermomètre commence vers 1592 avec le thermoscope de Galilée, un tube sans graduation. Il faut attendre 1714 pour le mercure de Fahrenheit, 1742 pour l'échelle de Celsius, 1866 pour le thermomètre médical de 5 minutes d'Allbutt, et les années 1990 pour le capteur infrarouge auriculaire. Chaque étape a réglé un problème précis de justesse ou de vitesse.
1592–1654 : le thermoscope devient thermomètre
Vers 1592, Galilée fabrique à Padoue un thermoscope : une ampoule de verre prolongée par un tube plongé dans l'eau. L'air de l'ampoule se dilate avec la chaleur et fait descendre la colonne d'eau. Deux défauts : aucune échelle, et une sensibilité à la pression atmosphérique, puisque le tube est ouvert. Santorio Santorio, médecin à Padoue, y ajoute une graduation vers 1612 et l'applique à la bouche de ses patients : c'est le premier thermomètre médical, au sens d'un instrument qui donne un chiffre.
En 1654, Ferdinand II de Médicis, grand-duc de Toscane, fait sceller le tube et remplace l'air par de l'alcool (esprit-de-vin). Le liquide ne dépend plus de la pression extérieure : le thermomètre à liquide en tube scellé, tel qu'on le connaît, date de là. Précisions sur ce mécanisme dans notre page sur le thermomètre à alcool.
1701–1742 : la bataille des échelles
Un thermomètre sans échelle commune ne permet aucune comparaison entre deux villes. Isaac Newton propose en 1701 une échelle de 0 (glace fondante) à 12 (corps humain). Ole Rømer, en 1702, fixe 7,5 pour la glace et 60 pour l'eau bouillante. Daniel Gabriel Fahrenheit, artisan verrier à Amsterdam, visite Rømer en 1708, puis construit en 1714 les premiers thermomètres à mercure reproductibles : deux instruments sortis de son atelier donnent la même lecture, ce qui n'existait pas avant. Son échelle place 32 à la glace fondante et 212 à l'ébullition, soit 180 divisions. Détails dans notre guide sur l'échelle Fahrenheit.
René-Antoine Ferchault de Réaumur publie en 1730 une échelle 0–80 basée sur la dilatation de l'alcool, utilisée en France jusqu'au XIXe siècle. Anders Celsius propose en 1742 une échelle centésimale entre les deux points fixes de l'eau, mais dans le sens inverse (100 à la glace, 0 à l'ébullition). Elle est retournée après sa mort, en 1744, probablement par Carl von Linné et le fabricant Daniel Ekström. Le détail de cette inversion est dans notre page sur l'échelle Celsius.
| Année | Étape | Ce qui change |
|---|---|---|
| v. 1592 | Thermoscope de Galilée | Premier instrument à réagir à la chaleur, sans échelle |
| v. 1612 | Santorio gradue le tube | Première mesure chiffrée sur un patient |
| 1654 | Tube scellé à l'alcool (Florence) | Fin de l'influence de la pression atmosphérique |
| 1714 | Mercure de Fahrenheit | Instruments reproductibles d'un exemplaire à l'autre |
| 1742–1744 | Échelle Celsius, puis inversée | 100 divisions entre glace et ébullition |
| 1821 | Thermocouple (Seebeck) | Mesure électrique de la température |
| 1866 | Thermomètre clinique d'Allbutt | 15 cm, lecture en 5 minutes au lieu de 20 |
| 1948 | Le « degré Celsius » adopté par la CGPM | Nom officiel, définition liée au kelvin |
| 1964–1990 | Thermistance puis infrarouge auriculaire | Lecture numérique en 10 s, puis en 1 s |
1800–1900 : le thermomètre entre à l'hôpital
Le thermomètre médical du début du XIXe siècle mesure 30 cm et demande 20 minutes sous l'aisselle. Carl Wunderlich, à Leipzig, compile pourtant près d'un million de mesures sur 25 000 patients et publie en 1868 la référence de 37 °C, ainsi que le seuil de 38 °C pour la fièvre encore utilisé aujourd'hui. En 1866, l'Anglais Thomas Clifford Allbutt réduit l'instrument à 15 cm et le temps de mesure à 5 minutes : le thermomètre clinique à mercure, avec son étranglement qui bloque la colonne au maximum, prend la forme qu'il gardera jusqu'à son interdiction en France en 1999.
En parallèle, Thomas Seebeck découvre en 1821 qu'une jonction de deux métaux produit une tension qui dépend de la température : le thermocouple. William Siemens décrit en 1871 la variation de résistance du platine, base de la sonde Pt100. Ils sont expliqués dans notre guide thermocouple, thermistance ou Pt100.
1950–2026 : l'électronique et l'infrarouge
La thermistance, une perle de céramique dont la résistance chute avec la température, rend possible le thermomètre digital grand public dans les années 1980 : affichage LCD, mesure en 10 à 60 secondes, tolérance de ±0,1 °C entre 35 et 42 °C. Le premier thermomètre auriculaire infrarouge, dérivé de capteurs développés pour l'astronomie, est commercialisé en 1991 ; il lit le rayonnement du tympan en 1 à 2 secondes. Le frontal à balayage temporal suit vers 2000, puis le sans-contact, généralisé en 2020. La norme ISO 80601-2-56 encadre aujourd'hui tous ces appareils avec une erreur maximale de ±0,2 °C dans la plage clinique pour les modèles à contact, et ±0,3 °C pour l'infrarouge. Le fonctionnement de chaque famille est détaillé dans comment fonctionne un thermomètre.
L'erreur fréquente : croire que l'ancien était plus précis
Le thermomètre à mercure garde une réputation de justesse supérieure. Elle ne tient pas : un clinique à mercure de qualité affiche ±0,1 °C, exactement comme un digital certifié, mais sa lecture dépend de l'angle de vue et de la parallaxe, ce qui ajoute couramment 0,1 à 0,2 °C d'erreur humaine. Notre comparatif thermomètre digital ou mercure chiffre cette différence.
Pour qui cette page n'est pas faite : si vous cherchez à choisir un appareil pour la fièvre, le récit historique n'aide pas ; allez directement au guide du thermomètre médical. Cette page sert aux curieux, aux élèves et à ceux qui restaurent un instrument ancien.
Pages liées
- Tous les guides
- Qui a inventé le thermomètre ?
- Comment fonctionne un thermomètre
- L'échelle Celsius
- L'échelle Fahrenheit
- Histoire du thermomètre de Galilée
- Thermomètre à mercure
- Thermomètres anciens de collection
- Digital ou mercure : comparatif
- Meilleur thermomètre médical 2026
Questions fréquentes
Qui a inventé le premier thermomètre ?
Galilée a construit le premier thermoscope vers 1592, mais sans graduation. Santorio Santorio l'a gradué vers 1612, et Fahrenheit a fabriqué en 1714 le premier thermomètre à mercure reproductible. Selon la définition retenue, l'invention revient à l'un des trois.
Quand le thermomètre médical est-il apparu ?
Santorio mesure la température de ses patients dès 1612, mais le thermomètre clinique moderne date de 1866 : Thomas Clifford Allbutt le réduit à 15 cm et à 5 minutes de mesure, ce qui permet son usage systématique à l'hôpital.
Pourquoi 37 °C est-il devenu la température normale ?
Carl Wunderlich a publié en 1868 la moyenne de près d'un million de mesures axillaires : 37 °C, avec une fièvre à partir de 38 °C. Des études récentes donnent une moyenne un peu plus basse, autour de 36,6 °C, mais le seuil de 38 °C reste la référence.
Depuis quand existe le thermomètre infrarouge ?
Le premier thermomètre auriculaire infrarouge grand public a été commercialisé en 1991. Le frontal à balayage est apparu vers 2000 et le modèle sans contact s'est généralisé en 2020 avec les contrôles à l'entrée des lieux publics.