Guides · Histoire et principes

Qui a inventé le thermomètre ? Trois noms pour une seule réponse

Qui a inventé le thermomètre dépend de ce qu'on appelle thermomètre. Galilée construit vers 1592 un thermoscope qui réagit à la chaleur mais n'a pas d'échelle. Santorio Santorio le gradue vers 1612 et l'applique à ses patients. Daniel Gabriel Fahrenheit fabrique en 1714 le premier thermomètre à mercure dont deux exemplaires donnent la même valeur. Les manuels citent Galilée ; les métrologues retiennent Fahrenheit.

Galilée : l'instrument qui réagit, mais ne compte pas

Galileo Galilei, professeur à Padoue de 1592 à 1610, assemble une ampoule de verre de la taille d'un œuf reliée à un tube fin plongé dans un récipient d'eau. On chauffe l'ampoule à la main, l'air se dilate, puis en refroidissant il aspire l'eau dans le tube. Le niveau monte ou descend ensuite selon la température de la pièce. L'appareil s'appelle thermoscope : il montre une variation, il ne la chiffre pas. Deux limites le disqualifient comme instrument de mesure : aucune graduation reproductible, et un tube ouvert sur l'atmosphère, si bien qu'une variation de pression de 10 hPa déplace la colonne autant qu'un changement de plusieurs degrés. Le thermomètre dit « de Galilée » vendu en décoration n'a d'ailleurs rien à voir avec cet objet, comme l'explique notre page sur l'histoire du thermomètre de Galilée.

Santorio : le premier chiffre sur un patient

Santorio Santorio, médecin de Padoue et ami de Galilée, ajoute une échelle au thermoscope et décrit son usage en 1612 dans un commentaire de Galien, puis en 1625 avec des illustrations. Le patient tient l'ampoule dans la bouche ou dans la main pendant dix pulsations, mesurées avec un pendule, et Santorio note la position de la colonne. C'est le premier thermomètre médical au sens strict, même si ses graduations, fixées entre la neige et la flamme d'une bougie, ne valent que pour son propre instrument. Santorio est aussi le premier à revendiquer l'invention par écrit, ce qui alimente la dispute avec les partisans de Galilée depuis quatre siècles.

Fahrenheit : deux thermomètres qui disent la même chose

Daniel Gabriel Fahrenheit, né à Dantzig en 1686, verrier et physicien installé à Amsterdam, résout le problème qui empêchait tous ses prédécesseurs de comparer leurs mesures. En 1709, il produit des thermomètres à alcool ; en 1714, il passe au mercure, dont la dilatation est plus régulière et qui ne mouille pas le verre. Surtout, il purifie le métal, calibre le diamètre du tube et fixe trois points de repère : 0 pour un mélange glace-sel, 32 pour la glace fondante, 96 pour la température du corps, corrigée plus tard à 98,6. Ses instruments sont vendus aux physiciens d'Europe, qui peuvent enfin publier des températures comparables. La Royal Society l'admet en 1724. L'échelle Fahrenheit qu'il laisse reste en usage aux États-Unis.

NomDateApportLimite
Galiléev. 1592Thermoscope à air : premier instrument sensible à la chaleurPas d'échelle, sensible à la pression
Santorio1612–1625Graduation et usage médical documentéÉchelle propre à chaque instrument
Ferdinand II de Médicis1654Tube scellé rempli d'alcoolToujours pas d'échelle commune
Fahrenheit1714Mercure, points fixes, instruments reproductiblesÉchelle peu pratique hors du monde anglo-saxon
Celsius1742Échelle centésimale entre glace et ébullitionSens inversé, corrigé en 1744
Allbutt1866Thermomètre clinique de 15 cm, 5 minutesMercure, fragile

Les autres noms que l'on oublie

Ferdinand II de Médicis fait sceller le tube et remplacer l'air par de l'alcool en 1654 : c'est l'ancêtre direct du thermomètre à alcool de nos cuisines et de nos jardins. Robert Hooke, en 1665, propose le premier point fixe unique (la glace fondante) et une graduation par millièmes de volume. Ole Rømer, à Copenhague, définit vers 1702 une échelle à deux points fixes que Fahrenheit reprendra. Anders Celsius propose en 1742 la division en 100 parties, décrite dans notre guide sur l'échelle Celsius. Enfin, Thomas Clifford Allbutt donne en 1866 au thermomètre médical sa taille de poche et son temps de mesure de 5 minutes, contre 20 auparavant. L'ensemble de la chronologie est développé dans l'histoire du thermomètre.

L'erreur fréquente : confondre thermoscope et thermomètre

Beaucoup de sites affirment que Galilée a inventé « le thermomètre à mercure » ou « le thermomètre médical ». Aucune des deux affirmations n'est exacte : Galilée n'a jamais utilisé de mercure, et son appareil n'a jamais été gradué de son vivant. Le mot « thermomètre » lui-même n'apparaît qu'en 1624, dans un ouvrage du jésuite français Jean Leurechon, La Récréation mathématique. Le terme désigne un instrument gradué ; c'est pourquoi la plupart des historiens des sciences réservent l'invention du thermomètre à Santorio ou à Fahrenheit, et celle du thermoscope à Galilée.

Pour qui cette page n'est pas faite : elle ne renseigne pas sur la fiabilité des appareils actuels ni sur la façon de mesurer une fièvre. Pour cela, consultez comment fonctionne un thermomètre et le hub des guides pratiques.

Pages liées

Questions fréquentes

Galilée a-t-il vraiment inventé le thermomètre ?

Il a inventé le thermoscope vers 1592, un instrument qui réagit à la chaleur sans la chiffrer. Le thermomètre gradué revient à Santorio vers 1612, et le premier thermomètre reproductible à Fahrenheit en 1714. Galilée reste le point de départ, pas l'inventeur du thermomètre gradué.

Qui a inventé le thermomètre à mercure ?

Daniel Gabriel Fahrenheit, en 1714, à Amsterdam. Il a purifié le mercure, calibré le diamètre des tubes et fixé des points de repère, si bien que deux de ses thermomètres donnaient la même lecture. Le thermomètre clinique de poche, lui, date d'Allbutt en 1866.

Qui a inventé le thermomètre médical ?

Santorio Santorio l'a utilisé le premier sur des patients vers 1612. La version pratique, de 15 cm et lisible en 5 minutes, est due au médecin anglais Thomas Clifford Allbutt en 1866. Le premier auriculaire infrarouge a été commercialisé en 1991.

D'où vient le mot thermomètre ?

Du grec thermos (chaud) et metron (mesure). Il apparaît en français en 1624 dans La Récréation mathématique de Jean Leurechon, avant de passer dans les autres langues européennes. Le thermoscope, lui, se contente de montrer (skopein) une variation.